Lac Bleu de Lesponne

LAC BLEU
1947m

Depuis le Pic de Bizourtère (Pointe est)

INFOS

Le Lac Bleu est un lac de 135m de profondeur et d'une superficie de 52 hectares. Il est alimenté par son bassin versant, évalué à 7 km², et notamment par les eaux du Lac Vert. Si le bassin versant est évalué à 7 km², seuls 3 km² contribuent à son remplissage. Les 4 km² restant alimentent principalement la Vallée du Gave de Pau par l'intermédiaire de la source d'Eth Câ et du Bastan. Les eaux du Lac Bleu se déversent ensuite dans le ruisseau du Lhécou.

Depuis la rive nord
 

HISTORIQUE

La naissance du Lac Bleu est auréolée d'une histoire légendaire qui parle d'un village englouti par la volonté de Dieu. Ce genre de légende est assez classique à propos de la naissance des lacs.
-> voir la légende du voyageur de Lesponne.

A une date ancienne et inconnue, mais avant le XVe siècle, la montagne du Houscaou, où se situe le Lac Bleu, fut donnée par les vicomtes de Labéda, seigneurs de Castet-Loubou, au Syndicat du Houscaou, association syndicale réunissant les six villages labedanais de Silhen, Bôo (regroupés plus tard dans la commune de Bôo-Silhen), Berbérust, Lias (regroupés plus tard dans la commune de Berbérust-Lias), Saint-Pastous et Géou. Le Lac Bleu, lac naturel, fut ainsi situé au milieu d'estives fréquentées par les troupeaux du Syndicat du Houscaou.

A la fin du XVIIIe siècle, au cours de la Révolution et lorsque les redevances féodales furent abolies, les communautés du Syndicat du Houscaou furent affranchies à l'égard du Prince de Rohan-Rochefort, possesseur du titre de vicomte du Labéda à cette époque, et obtinrent la propriété de la montagne du Houscaou, sans débourser le moindre sou.

Le 1er juillet 1849, l'ingénieur en chef Colomès de Juillan signalait que le lac pouvait former une réserve d'eau pour les usagers de l'Adour et l'Alaric. Le 29 août de la même année, l'ingénieur Guillemain rédigea un premier projet établissant une retenue de 12 mètres de hauteur, pour un coût de 28.571 francs. Puis, le 7 décembre 1849, un second projet, à nouveau rédigé par l'ingénieur Guillemain, fut avisé au Ministre des Travaux Publics. Ce projet présentait l'utilisation des eaux par vidange à 27m de profondeur et nécessitait la construction d'un puits, d'un tunnel et de vannes de fermeture, pour un coût de 32.000 francs. En comparaison au premier projet, il offrait un volume d'eau utile deux fois plus important. Mais une inconnue demeurait quant à la rentabilité du tunnel. Pour résoudre ce problème, l'ingénieur en chef Colomès de Juillan proposa un siphonnement au moyen de tuyaux métalliques et porta la proposition le 10 mars 1850 devant l'administration centrale puis devant le conseil général des Ponts et Chaussées qui émit un avis favorable.

Durant l'été 1850, une habitation fut construite et les 69 tuyaux nécessaires au projet furent acheminés et assemblés sur le site du lac.

En 1851, alors que des estimations furent effectuées et établirent une ressource en eau moyenne de 7 millions de mètres cubes, le siphon fut construit à son tour sur 120m de longueur. Mais la tentative de siphonnement, qui se déroula en 1852, se solda par un échec. Les tuyaux furent alors laissés sur place mais le projet du percement du tunnel ne fut pas abandonné et les travaux débutèrent en suivant. L'organisation initiale prévue par l'ingénieur en chef Colomès de Juillan étaient que les travaux devaient avoir lieu nuit et jour, grâce à la mise en place de deux groupes de deux ouvriers par poste de travail, se succédant sans interruption. Au total, il était prévu 25 personnes pour travailler sur le site. Ainsi, sous la direction d'un conducteur des travaux aidé d'un piqueur possédant assez de connaissances pour soigner en urgence les malades, il devait y avoir 16 mineurs aidés de 3 ouvriers pour déblayer, épuiser les eaux et tailler les pierres, de 2 ajusteurs-serruriers et de 2 cantiniers. L'équipe serait alors ravitaillée quotidiennement en produits frais par un porteur qui cheminait de la vallée jusqu'au site avec, sur le dos, environ 30kg de fardeau.

En 1853, le percement des 60m de tunnel et des 25m de puits étaient effectués et en 1854, le tunnel atteignait 116m. Les travaux furent bien plus lents que prévus, les difficultés de construction se révélant bien plus grandes que ce qui avaient été envisagé,. La suite du chantier fut encore plus lente, et les coûts de construction s'envolèrent. Entre le 24 avril 1856 et le 8 août 1859, le tunnel gagna 58,6m de longueur et coûta, pour cette période, 22.278 francs, soit les deux-tiers des coûts prévus initialement.

Le 5 septembre 1859, alors que tout était prêt pour la phase finale de mise en communication du tunnel avec les eaux du lac, le préfet demanda à ce qu'elle soit réalisée sans attendre la décision du Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux Publics. Cette demande précipitée du préfet fut certainement motivée par la venue de l'Empereur Napoléon III le 15 septembre à Tarbes afin d'inaugurer la ligne de chemin de fer. Les préparatifs eurent lieu le 9 septembre et la phase finale fut exécutée les 11 et 12 septembre, au moyen de 4 explosions. Les résultats furent insignifiants à cause de la présence de roches dures à cet endroit et non de dépôts alluvionnaires. Après réévaluation, les explosions reprirent le 18 septembre, mais ce ne fut finalement que le 23 septembre que le tunnel fut mis en eau. A nouveau, ce fut la déconvenue. En pénétrant dans le tunnel, l'eau avait créé un éboulement, ce qui en obstrua une grande partie.

Au final, le chantier dura 7 ans, de 1852 à 1859, soit 20 fois plus long que les 130 jours initialement prévus en 1850. Le tunnel fut entrepris et terminé sans qu'aucune autorisation ne fut demandée aux propriétaires du lac, le Syndicat du Houscaou, et sans qu'aucune indemnité ne leur fut versée. De son côté, le syndicat ne fit jamais opposition et ne porta aucune réclamation pour défendre sa propriété.

En 1860, une première vidange du lac fut effectuée, ce qui permit de purger l'obstruction du tunnel suite à la mise en communication entre celui-ci et les eaux du lac. Durant cette même année, furent construits un petit bâtiment fermant le haut du puits et un aqueduc couvert entre les robinets et l'orifice aval du tunnel.

Entre 1861 et 1862, divers travaux de finitions furent effectués et ce fut en 1863 que l'achèvement du chantier fut officiellement constaté.

Après réalisation des travaux, le lac fut intégré dans le domaine public de l'Etat et sa gestion fut assurée par le Ministère de l'Agriculture, par l'intermédiaire du service des Ponts et Chaussées de Tarbes.

Le 13 octobre 1866, l'ingénieur Michelier écrivit un rapport dans lequel il revoyait à la baisse les ressources en eau du Lac Bleu réellement disponible, les portant à une moyenne de 4,7 millions de mètres cubes, au lieu des 7 millions initialement estimés en 1851.

En 1875, les robinets et les vannes étant en mauvais état, des travaux d'entretien furent débutés. En 1877, les réparations étaient terminées et il fut envisagé de construire un aqueduc de 25m en prolongement de la tête amont du tunnel afin d'éviter le comblement par glissement de terrain de la tranchée alimentant le tunnel. Ce fut effectué l'année suivante et les travaux se terminèrent le 31 octobre 1978.

Le 11 septembre 1889, l'ingénieur Quinquet établit une consigne pour la manœuvre des robinets afin de rationaliser l'utilisation des eaux du lac, dont le déversement était très variable jusque là. Elle fut alors dépendante du débit de l'Adour, relevé sur un site situé à 300m en aval du Pont de Gerde, et qui devait dès lors être maintenu à un niveau fixe. Pour ce faire, un agent était chargé d'effectuer la lecture de ce débit quotidiennement. La donnée était ensuite transmise au conducteur subdivisionnaire de Bagnères-de-Bigorre qui la transmettait alors à l'ingénieur du Service Hydraulique de Tarbes, tout ceci s'effectuant dans la même journée. En cas d'un débit trop faible, un agent se rendait au lac afin d'en ouvrir les vannes.

Le 10 juin 1911, lors d'une pluie torrentielle, le barrage en terre et en pierres sèches de 1,5m, établi dans le déversoir, du lac fut détruit, causant des dégâts à l'usine du Chiroulet.

En 1913, les ingénieurs Bernis et Espirac effectuèrent une nouvelle estimation des ressources en eau réellement disponibles du Lac Bleu. Le résultat, évalué à 3,1 millions de mètres cubes, était à nouveau à la baisse, après les 7 millions prévus en 1851 et les 4,7 millions estimés en 1866. L'idée d'un manque d'étanchéité du lac ainsi que du bassin versant fut avancée.

En 1920, l'abbé Ludovic Gaurier, précurseur sur l'étude des lacs des Pyrénées, installa un campement au bord du Lac Bleu, du 13 août au 9 septembre, afin de l'étudier et de tenter de percer le mystère des fuites du lac. Souvent seul, il réalisa de nombreuses mesures. Ses études se poursuivirent jusqu'en 1929 et un grand nombre de ses conclusions, dont l'absence de fuites de la cuvette du lac, s'avérèrent exactes par la suite. Pourtant, son explication finale quant au déficit d'écoulement du lac se révéla erronée. Toute son étude fut publiée en 1934 dans son livre posthume Les lacs des Pyrénées françaises.

En 1965, suite à la création des Directions Départementales de l'Agriculture par fusion des services Agricoles, Forestiers et du Génie Rural, la Direction Départementale de l'Agriculture de Tarbes devint la gestionnaire du lac.

A la fin des années 1970, la Direction Départementale de l'Agriculture se pencha sur le mystère de la ressource en eau réellement disponible qui était bien inférieure aux estimations. Par comparaison avec un bassin versant quasiment identique, celui de l'Adour à La Mongie, une nouvelle estimation fut faite et le Lac Bleu devrait recevoir 9,4 millions de mètres cubes, ce qui est largement supérieur aux 3,1 millions réellement observées en 1913. Le mystère demeurait entier. 

En 1985, soit près de 130 ans plus tard, les tuyaux laissés sur place après l'échec de la tentative de siphonnement de 1851 furent redescendus dans la vallée. Au cours de cette même année, pour un coût de 1.740.000 francs, des travaux furent effectués afin de gérer l'ouverture et la fermeture des vannes à distance, depuis Tarbes et par commande automatique, et des détecteurs de débit furent placés sur l'Adour, à Estirac, et sur la Gespe, à Bordères-sur-l'Echez et à Odos.

Par décret du 30 juin 1987, le lac passa sous la responsabilité du Ministre chargé de l'Environnement, la gestion étant toujours de la compétence de la Direction Départementale de l'Agriculture.

L'utilisation et la gestion des eaux du Lac Bleu alimentent les besoins en eau de la Vallée de l'Adour, directement par l'Adour mais aussi par le canal de l'Alaric, qui récupère les eaux de l'Adour à Pouzac, et par le canal de la Gespe qui dérive cette eau à Hils pour l'envoyer vers l'Echez. En 1995, le Lac de Louet est venu renforcer la ressource en eau de cette partie de la Vallée de l'Adour.

En 2002, pour le compte de l'Institution Adour, regroupement des 4 départements du bassin de l'Adour que sont le Gers, les Landes, les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées, la CACG effectua une étude afin de trouver une réponse au problème de la ressource en eau réellement disponible du Lac Bleu et qui ne correspondait pas aux estimations. Les relevés hydrologiques et géologiques montrèrent que le bassin topographique qui recueille les eaux à priori versantes dans le lac recueillait en réalité des eaux qui s'écoulent vers d'autres secteurs. Ainsi, sur les 7 km² du bassin versant, seuls 3 km² contribuent au remplissage du Lac Bleu. Après presque 150 ans, la réponse au mystère était enfin trouvée.

Depuis la rive nord-ouest

TOPONYMIE

Le Lac Bleu n'était pas identifié sur la Carte de Cassini (1815) et il était nommé Lac Bleu sur les Cartes de l'Etat-Major (1820-1866) et sur les Cartes IGN de 1950. Le Lac Bleu était autrefois nommé le Lac d'Ilhéou ou Lac de Lhéou, mais il a perdu ce nom au cours du XIXe siècle. Dans le guide Joanne de 1907, il figurait encore sous son double nom, Lac Bleu ou Lhéou. Le Lac Bleu est souvent nommé Lac Bleu de Lesponne, du nom de la vallée où il se situe, afin de le différencier des autres Lac Bleu présents dans les Pyrénées.

Lac d'Ilhéou ou Lac de Lhéou vient du gascon iou, héou qui signifie lac. C'est donc le lac du lac, ce qui en fait une tautologie, une répétition.

Lesponne vient du latin sponda, devenu en gascon espou, espona, qui signifient bord, rebord, versant pentu. La Vallée de Lesponne serait donc la vallée du bord ou la vallée du versant pentu.

SITUATION

Cabane fermant le puits

METEOTutoriel météo

Météo Lac Bleu de Lesponne (meteoblue)

TOPOS

Les topos du Bouquetin Boiteux passant au Lac Bleu de Lesponne.

Depuis le Col de Bareilles

SOURCES

Lac Bleu : souvenirs autobiographiques (Jacques Plasteig / Revue Pyrénées 215)
Mystères du Lac Bleu : la faute de l'abbé Gaurier (Gil Adisson / Revue Pyrénées 267)
Petit dictionnaire toponymique des Pyrénées (Romain Bourbon / MonHélios)
La toponymie - La vie des hommes de la montagne (Marcellin Bérot / Editions Milan)
Lac Bleu (Lacs des Pyrénées / Site internet)
Cartes (Site Géoportail)


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