Les mines d'Arre et d'Anglas

LES MINES D'ARRE ET D'ANGLAS
2100m

Mines d'Anglas - Ruines de baraquement - 30 août 2021

Mines d'Anglas - Entrées de galeries - 30 août 2021

NB : L'altitude mentionnée ici est approximative.

RÉSUMÉ

Au cours du 18ème siècle, et peut-être à des époques antérieures, des mines furent exploitées dans le secteur d'Arre. Puis, à la fin du 19ème siècle, notamment grâce à des progrès techniques permettant l'exploitation de nouveaux gisements, des sociétés se sont intéressées à ce lieu. En 1882, la Société des Mines d'Arre exploita les Mines d'Arre et, peu après, se mit à exploiter également les Mines d'Anglas, devenant en même temps la Société des Mines d'Arre et d'Anglas. Mais ces exploitations furent peu fructueuses. En 1885, les Mines d'Arre furent abandonnées, suivies des Mines d'Anglas en 1893. Les Mines d'Anglas eurent une courte renaissance au début du 20ème siècle, après le rachat des concessions par la Société des Mines de Laruns. Mais, après une nouvelle désillusion et une production décevante, elle fut abandonnée en 1916. Finalement, les concessions furent rachetées une dernière fois par la Société Ibérienne des Mines de Laruns qui ne les exploita pas mais revendit tout le matériel qu'elle pouvait, ne laissant sur place que quelques vestiges en ruines, toujours visibles aujourd'hui.

HISTOIRE

En 1784, à la demande de Bertin, secrétaire d'Etat aux Manufactures royales, Mines, Haras et Bureau d'Agriculture, Pierre Bernard Palassou publiait un Essai sur la minéralogie des Monts Pyrénées. Puis deux années plus tard, en 1786, le baron Philippe-Frédéric de Dietrich publiait la Description des gîtes de minerai, des forges et des salines des Pyrénées. Durant ces années là, ou durant les quelques années qui avaient précédé la publication de ces 2 ouvrages, une mine de plomb et d'argent était exploitée au quartier Sourince, entre la haute vallée du Valentin et la vallée de Soussouéou. Il est possible que l'argent de cette mine fut exploité à des époques antérieures.

Au cours du 19ème siècle, grâce à des progrès techniques, les gisements de métaux non ferreux purent être exploités. En 1852, une société montpelliéraine s'intéressa à la montagne d'Arre où se trouvait un gisement de zinc qui contenait aussi un peu d'argent. Ce gisement ne fut finalement exploité qu'à partir de 1878 par la Société des Mines d'Arre, dont le siège social était situé à Lyon. Mais l'exploitation était très difficile à cause de l'altitude, environ 2100m, et de l'isolement. De plus, celle-ci ne pouvait se faire qu'au cours de l'été, la neige empêchant toute activité en dehors de cette période. En 1880, 653 tonnes de blende furent obtenues. Ainsi, la quantité de minerai obtenu ne permettait pas de rentabiliser l'exploitation qui était décevante.

En 1882, ou peu après, la Société des Mines d'Arre acquit la concession d'Anglas où ont été découvertes des veines de blende paraissant plus importantes que sur la concession d'Arre. La société changea alors de nom pour devenir la Société des Mines d'Arre et d'Anglas. Durant cette même année, la concession d'Arre offrit 425 tonnes de blende et, afin de rentabiliser l'exploitation qui était décevante, la société tenta l'hivernage. 27 hommes devaient ainsi continuer les travaux de la mine pendant la mauvaise saison et logeaient dans un grand baraquement construit à chaux et à sable à proximité du chantier. Mais, le 18 novembre, une avalanche emporta les logements et 16 mineurs trouvèrent la mort. Malgré de nombreux efforts, les corps des malheureux ne purent être extraits de la montagne qu'au printemps suivant, après la fonte des neiges, et l'expérience de l'hivernage ne fut pas renouvelée.

En 1885, l'exploitation des mines d'Arre cessèrent, et l'activité se concentra sur les mines d'Anglas où la production dépassa 3.500 tonnes de minerai brut, de 1888 à 1891. En 1891, dans son Histoire de la Vallée d'Ossau, l'abbé François Capdevielle écrivait que l'exploitation d'Anglas renfermait 3 filons blendeux et deux filons de mispickel argentifère et aurifère.

En 1893, suite à la baisse du prix du zinc et à l'épuisement du gisement découvert, la mine d'Anglas fut fermée.

En 1904, la Société des Mines de Laruns, où entraient des banquiers et négociants bayonnais et espagnols, reprit l'exploitation des mines d'Anglas. 700 tonnes de blende furent extraites en 1913 et, après un arrêt dû à la mobilisation de la Première Guerre Mondiale, une dernière tentative fut effectuée en août 1915 et consista essentiellement à des travaux de recherches et en traçages. Avec 8 ouvriers à l'intérieur et 22 à la laverie ou au triage, la production ne fut en un an que de 180 tonnes de blende, avec une teneur en zinc de 42 à 45 %. L'exploitation n'étant pas rentable, elle cessa en 1916.

A une date inconnue, peut-être dès 1916, la concession passa à la Société Ibérienne des Mines de Laruns qui ne l'exploita pas et se contenta de revendre la plupart du matériel, laissant le reste à l'abandon. En 1934, cette société était ainsi propriétaire des concessions d'Arre et d'Anglas.

Au final, sur 20 ans d'exploitation environ, les mines d'Arre et d'Anglas produisirent très peu avec approximativement 10.000 à 12.000 tonnes de blende à 45% de zinc.

Mines d'Anglas - Ruines de baraquements - 22 août 2017

LES MINES D'ANGLAS

De 1887 à 1893, une centaine d'ouvriers œuvraient en été dans les mines d'Anglas. Ils travaillaient en tant que mineurs ou rouleurs et étaient divisés en équipes, accomplissant chacune un travail spécial de préparation et de défilage. Les mineurs travaillaient 8h par jour, tandis que les rouleurs travaillaient 10h par jour. Le travail, qui se poursuivait jour et nuit, était payé au forfait, au mètre d'avancement en galerie ou cheminée, ou au mètre carré de surface filonienne dépouillée. En général, les mineurs gagnaient en une journée un montant supérieur à 5 francs tandis que les rouleurs et manœuvres obtenaient de 3 à 4 francs. Les habitants de la région étant peu spécialisés dans ces travaux, la Société des Mines d'Arre et d'Anglas faisait appel aux Ariégeois et à une colonie espagnole de Louvie-Juzon.

Tous ces travailleurs logeaient dans un grand baraquement construit à proximité de la mine et étaient placés sous la direction d'un maître-mineur qui était installé avec le magasinier et l'ingénieur de la société dans un bâtiment complètement séparé. Quelques chambres pouvaient être affectées aux touristes surpris par le mauvais temps.

Une fois extrait, le minerai était évacué, par un chemin de fer minier relayé par un câble aérien, sur Gourette, où l'on avait installé un atelier de lavage et triage. Les voies aériennes d'évacuation du minerai, dont la longueur totale était de 3kms pour un dénivelé négatif de 800m environ, se décomposaient en 5 sections. Elles fonctionnaient selon un système déjà à l'usage à Pierrefitte-Sentein et dans quelques mines des Alpes. Ainsi, chaque section se composait de deux câbles parallèles en acier fondu, distants de 1,70m et tendus librement entre les points extrêmes des sections. Ces câbles, appelés câbles porteurs, étaient comme des rails inclinés et, sur chacun d'eux, un chariot roulait et servait de façon alternative à la descente du minerai. Les deux chariots étaient attachés et réunis par un petit câble sans fin en acier, dit câble tracteur qui s'enroulait sur deux poulies de renvoi, placées l'une à la tête, l'autre au pied de la section. Le câble pouvait ainsi descendre 40 tonnes par journée de 10h. Ce système permettait également, en sens inverse, d'approvisionner la mine en combustibles explosifs et diverses fournitures.

Arrivé à Gourette, le minerai était d'abord classé sur des grilles fixées puis cassé au marteau ou trié à la main quand sa dimension ou sa composition ne nécessitaient pas son admission immédiate à l'atelier de préparation mécanique. Ce dernier atelier fonctionnait grâce à une turbine de 20 chevaux, actionnée par l'eau, et devait séparer automatiquement le minerai des gangues, dans les parties où le triage à la main était impossible. Il pouvait ainsi passer 25 tonnes par journée de 12h. Le cassage au petit marteau, le triage à la main, et la conduite des cribles de préparation mécanique étaient effectués par environ 20 femmes de la région qui gagnaient ainsi de 1,50 à 2 francs par jour. Les hommes occupés aux câbles ou aux ateliers étaient de la Vallée d'Ossau ou de la Vallée du Lavedan et gagnaient de 3 à 5 francs par jour. Tout le personnel des ateliers, soit 50 personnes environ qui travaillaient de 10 à 11h par jour, logeaient dans les combles et les dortoirs, et les hommes et les femmes étaient séparés et surveillés.

Le minerai rendu commercial par son passage aux ateliers d'enrichissement était ensuite descendu à Laruns sur de grosses charrettes puis expédié par le chemin de fer sur Bayonne pour enfin être exporté. De Laruns, où se trouvait le magasin général et les bureaux de la Société des Mines d'Arre et d'Anglas, les mêmes charrettes remontaient les approvisionnements nécessaires pour tous les chantiers.

La société vendait elle-même à tous ses ouvriers, par l'intermédiaire du magasinier, les fournitures qui leur étaient nécessaires et il ne pouvait être délivré que 1l de vin par jour à chaque ouvrier. Quant au service médical, il  était assuré par le docteur Madaune, le médecin des Eaux-Bonnes. Les chantiers, qui fonctionnaient tout l'été et certainement tant que les mines étaient accessibles, étaient fermés les 14 et 15 juillet, les 15 et 16 août et les 1 et 2 novembre. De leur côté, les ateliers de préparation mécanique pouvaient fonctionner 8 mois par an environ. En dehors de la saison de travail aux mines et aux ateliers, les ouvriers s'en retournaient à d'autres activités. Ainsi, celles et ceux qui possédaient des terres et du bétail vaquaient à leurs travaux personnels tandis que les autres pouvaient se faire employer comme manœuvres, casseurs de pierres pour le compte des entrepreneurs des Ponts et Chaussées, ou encore comme collecteurs du bois mort éparpillé dans les forêts.

Selon l'abbé François Capdevielle, dans son Histoire de la Vallée d'Ossau publié en 1891, les conditions de travail des ouvriers étaient plutôt convenables et le salaire plutôt élevé. Ainsi, pour les produits de première nécessité fournis par la Société des Mines d'Arre et d'Anglas, les ouvriers bénéficiaient de prix avantageux sur leur lieu de travail par rapport aux prix dans les villages, ainsi que d'une caisse de prévoyance en cas d'accidents. De plus, le chômage forcé était payé et comptait comme de l'actif. En fait, le seul reproche que pouvait faire l'abbé à la société était l'absence d'un petit oratoire au niveau des baraquements.

Mines d'Anglas - Restes de wagons - 30 août 2021

Mines d'Anlgas - Restes de wagon - 22 août 2017

CARTES

Sur la Carte de Cassini (1815), aucune mine n'était indiquée dans le secteur. Puis, sur les Cartes de l'Etat-Major (1820-1866), une mine de plomb apparaît sur l'emplacement où sera exploitée la concession des Mines d'Arre. Près d'un siècle plus tard, sur les Cartes IGN de 1950, la mine de plomb où était exploitée la concession des Mines d'Arre est toujours mentionnée mais apparaissent également une mine au niveau de la concession des Mines d'Anglas, ainsi qu'une mine abandonnée au sud de la mine de plomb. Enfin, sur les Cartes IGN de 2021, la mine abandonnée n'apparaît plus mais les Mines d'Arre et les Mines d'Anglas sont mentionnées comme Anciennes mines de fer, ce qui peut être considéré comme une erreur puisqu'il n'a jamais été question d'exploitation de fer dans ces mines.

Cassini 1815

Etat-Major 1820-1866

IGN 1950

IGN 2021

TOPONYMIE

Arre est le nom du secteur où se situait les mines d'Arre. Arre viendrait du gascon arres qui signifie rochers.

Arre, ou du moins la très ancienne racine Ar, Arr, est un mot qui se retrouve dans de très nombreux toponymes des Pyrénées. Dans le secteur où se situe les Mines d'Arre, le mot Arre génère ainsi d'autres noms. Il y a ainsi, l'Arre Sourins, la Hourquette d'Arre, la Géougue d'Arre, ou encore le Soum d'Arre, qui surplombent tous ce secteur nommé Arre.

Anglas est le nom du secteur où se situait les mines d'Anglas. Anglas viendrait du gascon anglous qui signifie coin, recoin et qui vient du latin angulatus qui signifie qui a des angles, et du suffixe locatif gascon -ar issu du suffixe locatif latin -arium. Anglas serait donc le lieu du recoin ou le lieu des coins. Ce secteur est effectivement un petit plateau plus ou moins anguleux.

Dans le secteur où se situe les Mines d'Anglas, le mot Anglas génère ainsi d'autres noms. Il y a ainsi le Col d'Anglas et le Pic d'Anglas, qui surplombent ce secteur nommé Anglas où se situe aussi le Lac d'Anglas et la Cascade d'Anglas.

SITUATION


Mines d'Anglas - Ruines de baraquement - 30 août 2021

Mines d'Anglas - Ruines de baraquement - 30 août 2021


METEOTutoriel météo

Météo Mines d'Anglas (meteoblue)

TOPOS

Les topos du Bouquetin Boiteux passant aux Mines d'Anglas.

SOURCES

Histoire de la Vallée d'Ossau (Abbé François Capdevielle / Éditions des Régionalismes)
Les mines des Pyrénées des Gaves (Georges Jorré / Revue Géographique... 1936 / Persée)
Description des gîtes de minerai... (Baron de Dietrich / Google Books)
Les anciennes exploitations minières (Jean Loubergé / Aussau.org)
Statistique de l'industrie minérale... 1933-1934 (BPN / Mines ParisTech)
Les mines en Ossau (Association des Amis du Musée d'Ossau)
Mines d'Arre et d'Anglas (Curiosités des Pyrénées)


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