Fréchou et le Dogue

FRÉCHOU ET LE DOGUE

Hourquette d'Ancizan, l'Arbizon

- La légende presque vraie
- La vraie légende
- Sources
- Topos

LA LÉGENDE PRESQUE VRAIE

Depuis toujours, les gens de la vallée de Campan et ceux de la vallée d'Aure se tapaient dessus pour brouter l'herbe de la montagne qui les séparait. Faisons ici un petit aparté, car il est intéressant de révéler au grand public, les petits le savaient déjà, que c'est grâce à ces montagnards que naquit, ou knacki mais on diverge et c'est beaucoup trop, c'est donc grâce à ces montagnards que naquit l'expression bête à manger du foin. Fin de l'aparté. Merci Mandela.

Mais il fut un jour, où les gens de la vallée de Campan et ceux de la vallée d'Aure se mirent à réfléchir et décidèrent qu'il fallait que cela cesse enfin, parce qu'en début, c'était trop tard. Dans leur infinie sagesse, qui n'avait comme limite que leur infinie connerie, ils décidèrent que cela se règlerait à la bagarre et que la frontière serait plantée là où tomberait le vaincu. Chaque vallée choisirait son champion, et que le plus con gagne.

Les gens de la vallée de Campan choisirent le Dogue, un grand gaillard, anglais croisé allemand, musclé comme un bœuf et féroce comme la rage. Les gens de la vallée d'Aure, dirigés par quatre anciens, qui formaient le conseil des quatre vieux os, choisirent Jean, pygmée croisé kenyan, musclé comme un moineau et féroce comme un poisson rouge. Les quatre vieux os étaient séniles. Le combat devait avoir lieu à la Hourquette d'Ancizan, ou sept ans, on est pas bien certain. C'est à ce moment là de l'histoire, qui commence à être bien longue, que Fréchou, un berger de la vallée d'Aure qui était un peu moins con que les autres, c'était pas bien difficile, suggéra que le combat s'effectue au plus près de Campan. Les gens de Campan approuvèrent. C'est dire le niveau.

Le Dogue se présenta, suivi de Jean. Au premier choc, Jean perdit ses dents, son nez, et la moitié de sa mâchoire. C'était fini. La frontière fut ainsi plantée au plus près de Campan. Les gens de cette vallée se trouvèrent cons. Ce fut une révélation. Et la prairie où se déroula le combat fut nommée la Pelouse du Sang de Jean, en sa mémoire, qu'il avait perdu ce jour-là.

C'est ainsi qu'a failli naître la légende du petit qui tabasse le grand. Ce ne fut pas le cas.


Extrait des Chroniques de Jean le Charlatan

Lac de Payolle, Prade de Saint-Jean

LA VRAIE LÉGENDE

Depuis toujours, des conflits territoriaux éclataient entre les gens de la vallée de Campan et ceux des Quatre-Véziaux, regroupement des villages d'Ancizan, Cadéac, Grizian et Guchen, en vallée d'Aure. En effet, chacun revendiquait les pâturages à l'herbe bien grasse de la montagne qui les séparait. Depuis toujours, de violentes bagarres éclataient entre ces gens, de telle sorte qu'il n'y avait pas de printemps sans découvrir des cadavres au fond des ravins et qu'il n'y avait pas de saisons sans qu'une maison soit endeuillée de part et d'autre de la montagne.

Afin de mettre fin à cette éternelle bataille, les habitants des deux vallées convinrent de livrer un dernier combat pour définir les limites de leurs possessions. Ainsi, il fut décidé que chaque vallée choisirait son champion et que ceux-ci s'affronteraient en haut de la montagne. Une borne frontière serait alors plantée là où le vaincu rendrait son dernier râle.

La riche vallée de Campan choisit de se faire représenter par un homme gigantesque, aussi méchant qu'un chien enragé et aussi fort qu'un taureau. Il était surnommé le Dogue. De leur côté, les gens des Quatre-Véziaux cherchèrent longtemps leur champion. Mais personne ne voulait se mesurer au Dogue. Finalement, ce fut un petit berger qui accepta. Il était laid et chétif, tout maigre et pas plus haut que trois pouces. Il s'appelait Fréchou. Faute d'autres candidats, les gens de la vallée d'Aure le choisirent comme représentant, sans grande conviction.

Le jour du combat, le Dogue, que l'on avait nourri de poulets bien gras depuis trois mois, et qui exhibait ses muscles saillants, vit arriver son adversaire et éclata de rire, suivit immédiatement par les gens de la vallée de Campan. L'issue de l'affrontement ne faisait aucun doute. Fréchou s'avança et dès le premier assaut, la surprise fut générale. Le petit berger empoigna le Dogue, le déstabilisa et le fit tomber sur un rocher. La colonne vertébrale du colosse se brisa sous le choc. Agonisant, mourant, mais encore vivant, le géant ne pouvait plus bouger.

Fréchou l'attrapa alors par les pieds et le traîna afin d'éloigner au maximum la future frontière entre les deux vallées. Sur leur passage, les gens de la vallée de Campan insultaient le Dogue, lui ordonnant de mourir et lui jetant des pierres pour l'occire au plus vite. Pendant ce temps, les gens des Quatre-Véziaux le protégeaient de leurs tabliers, de leurs capes et de leurs pelisses pour le faire durer, tout en encourageant leur petit berger.

Finalement, le Dogue rendit son dernier souffle à la Prade de Saint-Jean et c'est là qu'une borne fut placée pour marquer la limite des territoires. C'est ainsi qu'une grande partie de Payolle et de ses alentours sont aujourd'hui propriétés de la vallée d'Aure.

Mer de nuages sur la vallée d'Aure, depuis la Hourquette d'Ancizan

SOURCES

Guide des Pyrénées mystérieuses (Bernard Duhourcau / Éditions Sand, Éditions Tchou)
1000 lieux légendaires et mystérieux des Pyrénées, vol.2 (Francis Baro / Rando Éditions)
Légendes et mystères des Hautes-Pyrénées (Jacques Dubourg / MonHélios Editions)
Pays pyrénéens de cols en vallées (Gérard Caubet, Rando Éditions)

TOPOS

Les topos du Bouquetin Boiteux passant à la Prade de Saint-Jean.
Signal de Bassia, Lac de Payolle
La Prade de Saint-Jean, ou Pelouse Saint-Jean, est le lieu où le Dogue émit son dernière souffle et où fut finalement établie la frontière entre les villages, au bout de cette prairie. En toute fin de balade, ce parcours longe cette pelouse en empruntant la route qui ramène du Lac de Payolle au point de départ.

Les topos du Bouquetin Boiteux passant à la Hourquette d'Ancizan.
Sarrat de las Lourides, Pic de Monfaucon
Dans son livre "Pays pyrénéens, de cols en vallées", Gérard Caubet indique que le combat entre Fréchou et le Dogue eut lieu à la Hourquette d'Ancizan. Ce parcours débute sur ce col, ou plutôt, pour être tout à fait exact, un tout petit peu en-dessous.

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