Gypaète barbu

Gypaète barbu

Gypaetus barbatus

Photo Bruno Berthémy © - Site internet LPO (Grands Causses)

LES INFOS PAS TRÈS VRAIES (MAIS PAS TROP FAUSSES)

Le Gypaète se rencontre généralement chez le barbier. Pas peu fier de son attribut poilu, il aime à l'entretenir. On peut également le croiser dans les stations thermales où il affectionne particulièrement les bains de boue qui lui donnent un joli teint. Bref, le Gypaète fait attention à sa personne. Il est beau gosse et il le sait.

Ainsi, avec ses 2m50 à 3m d'envergure et ses 7kg, le Gypaète se la pète. Ce qui est un peu pénible à la longue. Et le Gypaète vit longtemps. Plus de 30 ans. Être con, ça conserve. Heureusement, le Gypaète est rare.

Mais faire le beau, ça prend du temps. Par conséquent, il arrive toujours en retard à table et il est obligé de se contenter des os et des tendons. Du coup, il est un peu véner. Il se défoule alors comme il peu et utilise une technique de kung-fu très particulière et baptisée "Tu l'as dans l'os" par le peu célèbre zoologue et moine shaolin Gérard Lee.

Lors de la ponte, la femelle balance deux œufs. Après deux mois, si deux poussins naissent dans le même nid, l'aîné, discrètement, l'air de rien, en sifflotant, balance le cadet par-dessus bord. On peut donc dire, sans hésiter, que le gars est un peu égoïste et n'aime pas partager. Être con, ça commence tôt chez le Gypaète.

Extrait du manuel du Bouquetin Bucolique

LES INFOS PAS FAUSSES (ET PLUTÔT VRAIES)

- Classification
Animalia/Animal (Règne), Chordata/Cordés (Embranchement), Aves/Oiseaux (Classe), Accipitriformes/Éperviers (Ordre), Accipitridae/Aigles (Famille), Gypaetus (Genre), barbatus (Espèce).
Linnaeus, 1758 (Descripteur).

- Habitat
Le Gypaète barbu se divise en deux sous-espèces, Gypaetus barbatus barbatus et Gypaetus barbatus meridionalis. Gypaetus barbatus barbatus est présent dans toutes les montagnes de l'Afrique du Nord à l'Asie Centrale, tandis que Gypaetus barbatus meridionalis se situe en Afrique de l'Est et du Sud.

Le Gypaète barbu vit dans des zones de relief montagneux, abrupt, constituées de pics aigus ou bien de collines arrondies, ou dans des zones de plateaux bordés de falaises. Son territoire, qui peut se déplacer d'une année à l'autre et dont l'altitude et la pluviométrie n'ont pas d'importance, est constitué de ravins rocheux, de gorges ou de canyons. Ce territoire abrite un ou plusieurs nids, des reposoirs où il peut procéder à la toilette de son plumage, des vires et des grottes où il peut stocker la nourriture. La falaise est la constante chez le Gypaète barbu. C'est en effet dans la falaise qu'il construit son nid et qu'il trouve ses reposoirs. Une autre constante du territoire d'un Gypaète barbu est de disposer d'une ou plusieurs zones où il peut casser les os, que ce soit un large pierrier, des éboulis ou une prairie parsemée de rochers. Dans les territoires où la neige s'invite, il est important que l'une de ces zones de cassage reste hors neige durant toute l'année.

En France, le Gypaète barbu, Gypaetus barbatus barbatus, niche généralement entre 700m et 2300m d'altitude, dans une petite cavité ou sous une vire. Il vit en couple mais on peut observer des trios, généralement formés de deux mâles et d'une femelle. Les couples disposent d'un territoire s'étendant sur plus de 50.000 ha avec de grandes zones de pâturages et d'éboulis où il trouve sa nourriture. Chaque couple possède 3 à 8 nids, même s'il reste le plus souvent sur le même nid.

- Morphologie
Pour une longueur, du bec à la queue, de 1m10 à 1m50, le Gypaète barbu adulte a une envergure de 2m50 à 3m et peut peser de 5 à 7kg. En Europe, c'est l'un des plus grands rapaces. La sous-espèce Gypaetus barbatus meridionalis est un peu moins grande que la sous-espèce Gypaetus barbatus barbatus. Même si la femelle est généralement un peu plus grande que le mâle, il n'existe pas de dimorphosime sexuel chez le Gypaète barbu, c'est-à-dire qu'il n'existe pas de différences physiques nettes entre les mâles et les femelles.

Le Gypaète barbu adulte possède un œil à l'iris jaune avec, autour, un anneau sclérotique rouge sang très caractéristique. Le bec, nettement crochu et de couleur corne pâle, est recouvert à sa base de vibrisses noires, se prolongeant par une barbichette, toute aussi caractéristique, sous la mandibule inférieure. La tête arbore un masque noir, prolongement des vibrisses et de la barbichette, contrastant fortement avec le reste du visage, blanc et ocre. Une tache sombre, pas toujours visible, signale l'emplacement du conduit auditif chez la sous-espèce Gypaetus barbatus barbatus, mais est systématiquement absente chez la sous-espèce Gypaetus barbatus meridionalis.

Le dos, les ailes et la queue du Gypaète barbu adulte contrastent avec la tête claire et adoptent un gris ardoisé plus ou moins bleuté. Blanches à l'origine, la tête, la gorge, la poitrine, le ventre et les pattes, se teintent d'une couleur orangée sur certains individus. Elle est due à des bains dans des sources d'eau ou de boues ferrugineuses qui vont charger le plumage en oxyde de fer et donner cette coloration rouille. Lorsque ces sources et boues n'existent pas ou sont rares, le Gypaète barbu arbore donc sa couleur blanche originale, comme c'est le cas, par exemple, en Corse. Les pattes de la sous-espèce Gypaetus barbatus barbatus sont nettement emplumées, alors que celles de la sous-espèce Gypaetus barbatus meridionalis sont peu emplumées.

Le Gypaète barbu possède des pattes courtes, ce qui lui donne, posé au sol, une silhouette basse et une démarche dandinante et difficile. Au sol, l'oiseau maintient sa queue à l'horizontale afin de ne pas user trop rapidement les plumes qui frotteraient au sol.

- Adaptation physiologique
Les os du squelette du Gypaète barbu sont creux avec des parois minces afin d'alléger au maximum le poids afin de pouvoir voler et encore plus particulièrement de pouvoir planer. Pour assurer la solidité, les parois des os sont reliées entre elles par un faisceau d'entretoises laissant circuler l'air, ce qui permet à ces os creux de participer au système respiratoire.

A la différence des autres grands vautours aux larges ailes rectangulaires et à la queue courte, ce qui leur permet de planer efficacement, le Gypaète barbu est doté d'une voilure, très comparable à celle du Vautour percnoptère, formée de longues ailes relativement étroites et d'une longue queue cunéiforme, ce qui lui permet de planer efficacement mais aussi de voler en longeant crêtes et falaises, parfois au ras du sol, et de s'adapter aux courants aériens complexes de son habitat montagnard tourmenté fait de gorges, de ravins et de parois abruptes.

Le Gypaète barbu dispose d'un plumage isolant particulièrement fourni, l'oiseau pouvant voler à de hautes altitudes, notamment dans l'Himalaya où il peut se retrouver à 7.000m d'altitude, où la température peut descendre à -40°. Ces plumes recouvrent également les pattes chez la sous-espèce Gypaetus barbatus barbatus, alors qu'elles sont en partie nus chez la sous espèce Gypaetus barbatus meridionalis, celui-ci vivant dans un environnement moins froid.

Si, généralement, les vibrisses qui entourent le bec chez certains oiseaux ont une fonction tactile, notamment chez certains rapaces nocturnes, celles du Gypaète barbu, qui se prolongent par la barbichette, ne servent à aucune fonction connue actuellement.

- Cycle de vie
La reproduction débute au mois d'octobre par les parades nuptiales et la construction du nid. La ponte, composée de 2 œufs, s'effectue de mi-décembre à fin février. Lorsqu'elle est composée de 2 œufs, le deuxième œuf n'est pondu que 3 ou 5 jours après le premier. Les deux adultes vont alors couver les œufs entre 53 et 58 jours, se partageant assez équitablement le temps d'incubation. Entre fin février et fin avril, 1 ou 2 poussins naissent, après avoir mis une cinquantaine d'heures à s'extraire de leur coquille. Dans le cas où ils naissent à 2, seul l'aîné survivra puisqu'il se débarrasse systématiquement de son cadet. Il reste ensuite au nid durant plus de 4 mois. Durant la période d'incubation et d'élevage, l'adulte qui n'est pas au nid passe sa nuit sur un reposoir, dans une falaise plus ou moins proche. Le jeune Gypaète prend son envol au cours de l'été, entre mi-juillet et fin août, mais il reste dépendant de ses parents quelques temps. Il quitte ensuite le territoire, entre fin août et mi-novembre et débute sa période d'errance.

Le taux d'échec de reproduction est fort puisque seul 1 couple sur 3 ou 4 parvient à élever un jeune chaque année.

Le jeune Gypaète effectue sa période d'errance durant 4 ou 5 ans. Après s'être éloigné, il revient progressivement s'installer, le plus souvent près de son lieu de naissance. Entre 6 et 7 ans, il arbore son plumage définitif. Il cherche alors un partenaire, le plus souvent en profitant de la disparition d'un adulte déjà en couple. Le nouveau couple une fois constitué, les deux oiseaux seront fidèles et ne bougeront plus du secteur choisi. Des trios, plus ou moins nombreux mais sans que ce soit la norme, ont été décrits pour l'espèce.

Le Gypaète barbu ne se reproduit qu'à partir de l'âge de 7 ans, ou 8 ou 10 ans selon les sources, et il peut vivre plus de 30 ans voire 40 ans.

- Régime alimentaire
Le Gypaète barbu est un nécrophage et, en ce sens, assure une fonction sanitaire en éliminant les carcasses et évitant la propagation de maladies. Il se nourrit donc d'animaux morts, plus particulièrement d'ongulés sauvages ou domestiques. Spécialisé dans l'ingestion des os, qui composent 80% de son régime, et l'ingestion des tendons coriaces, il les avale grâce à un gosier élastique. Le Gypaète barbu est ainsi le seul vertébré dont le régime alimentaire soit constitué en majorité d'os.

Le Gypaète barbu est le dernier maillon de la chaîne alimentaire, et il achève ainsi le travail des autres nécrophages. Pour les os trop gros, il utilise une technique particulière en les laissant tomber au-dessus de pierriers afin qu'ils se cassent. L'oiseau, capable de transporter en vol au maximum 3 à 3,5kg, recommence ainsi tant que c'est nécessaire.

Il semblerait que, lorsque ces espèces sont présentes sur son territoire, le Gypaète barbu se soit spécialisé dans une forme de prédation et se nourrit de deux espèces de tortues terrestres, la Tortue d'Hermann et la Tortue grecque. Pour cela, il les capturerait, s'envolerait avec leur proie puis les casserait en les laissant tomber du ciel, à la manière dont il casse les os trop gros. Un seul observateur moderne, B. Grubac, a pu être témoin de cette prédation, dans les années 1980, et, depuis, les régions où coexistent les Gypaètes et ces Tortues n'existent plus, l'une ou l'autre ayant disparu.

Dans les Pyrénées, l'Isard et le cheptel ovin constituent l'essentiel des ressources, enrichie localement par des Marmottes et des Cerfs.

Photo Olive White © - Site internet Olive White Photographies


- Étymologie
Le nom scientifique du Gypaète barbu est Gypaetus barbatus. Gypaetus est formé du grec gyps, gups qui signifie vautour et du grec aethos, aetos qui signifie aigle. Gypaetus serait l'aigle-vautour ou l'aigle au comportement de vautour. Barbartus est formé du latin barba qui signifie barbu. Le Gypaetus barbatus est donc l'aigle-vautour barbu.

- Mythologie
Le Gypaète barbu est un animal qui a donné naissance à plusieurs légendes. Ainsi, au Tibet, une légende racontait que le nid du gourral sacré, nom local de l'oiseau, s'illuminait la nuit, comme un feu dans la falaise. En Inde, le Gypaète était personnifié. Il était Jatayu, le frère de Sampati, le roi des vautours. Selon le poème épique du Ramayana, au cours d'un vol des deux frères vers le soleil, Sampati étendit ses ailes pour protéger son frère de la chaleur. Et c'est ainsi que ses ailes brulèrent et que Sampati tomba au sommet de la montange Vindhya où il resta séparé à jamais de Jatayu.

Au sud de la Macédoine, une autre légende locale signalait que l'animal était sacré, que son nid brillait la nuit les soirs de pleine lune, et que détruire un tel animal ou son nid était un péché grave, cet acte entrainant de grandes catastrophes pour son auteur. En Perse, le Gypaète était un oiseau de bon augure et quiconque le verrait se poser sur sa tête serait couronné roi.

Selon une légende racontée par Pline, le poète grec Eschyle, né en -525, avait reçu la funeste prédiction de la part d'un oracle qu'il mourrait écrasé sous une maison. Depuis, il évitait soigneusement de se retrouver sous le toit de sa demeure, redoutant son écroulement. C'est ainsi que par un jour de -456, il fut mortellement atteint à la tête par la carapace d'une tortue. Celle-ci avait été lâchée des cieux par un Gypaète. L'oracle avait finalement dit vrai.

A l'inverse des légendes où le Gypaète était sacré, il était vu d'une façon négative par la Bible. Ainsi, dans le Lévitique 11.13, il faisait partie des oiseaux qui ne devaient pas être mangés par l'homme car ils seraient immondes.

Autrefois, une croyance voulait que le Gypaète posséda des pouvoirs démoniaques, que son œil cerclé de rouge était le signe du démon et que son poitrail révélait qu'il se baignait dans le sang de ses victimes. Au cours du XIXe siècle, dans les Alpes naquit une croyance qui se colporta jusqu'en Asie Centrale. L'oiseau prit le nom de Lammergeier, de l'allemand lamm qui signifie agneau et de l'allemand geier, qui signifie vautour. Il était alors le vautour des agneaux car cette croyance voulait qu'il s'attaquait aux mammifères, de petite ou de grande taille, et qu'il fut capable d'emporter dans les airs ses proies, dont les animaux des troupeaux et même les enfants. Il était terrible et effroyable, une bête féroce et un grand danger. Cette croyance fut l'une des raisons de l'éradication systématique de l'espèce.

- Histoire et effectifs
Le Gypaète barbu était présent au moins durant le Pléistocène moyen, entre -700.000 et -120.000, des restes datant de cette période ayant été retrouvé en France dans les Alpes-Maritimes, les Bouches-du-Rhône, l'Ardèche et les Pyrénées-Orientales. Il est possible que l'espèce ait profité des grandes glaciations du Pléistocène pour coloniser l'Afrique où il a fini par se différencier en une nouvelle espèce, Gypaetus barbatus meridionalis. Durant l'ère suivante, le Pléistocène supérieur, entre -120.000 et -10.000, le Gypaète barbu était toujours présent en France, des restes de cette période ayant été retrouvé dans l'Ain, l'Ardèche, l'Ariège, l'Aude, la Corse, la Haute-Garonne et Monaco.

Jusqu'au XVIIe, XVIIIe siècle, le Gypaète barbu était présent dans les montagnes d'Afrique du Nord, de l'Est et du Sud, et du Sud-Ouest de l'Europe jusqu'à l'Asie Centrale et la Chine.

Au cours des XIXe et XXe siècle, ses ressources se raréfiant, persécuté à cause de la croyance selon laquelle il était un animal dangereux ou encore victime collatérale de l'utilisation du poison pour éliminer des prédateurs, le Gypaète barbu disparu de la plupart des régions où il vivait jusqu'à présent.

En France, en 1997, subsistait 30 couples dans les Pyrénées françaises. Toujours en France, en 2015, 40 couples ont été répertorié dans les Pyrénées, 5 couples en Corse et 9 dans les Alpes, soit un total de seulement 54 couples. Au niveau de l'Europe de l'Ouest, France inclue, c'est 147 couples en 2011 dans les Pyrénées, 33 couples dans les Alpes en 2015, 5 en Corse en 2015, 5 en Crête en 2010 et 1 en Andalousie en 2015.

La population du Gypaète barbu est donc faible et fortement morcelée. Non seulement au niveau français mais également au niveau européen. Ainsi la population occidentale n'a pas d'échange avec la population orientale (Turquie, Caucase) du fait de la disparition de l'espèce dans la zone centrale (Balkans, Grèce, Sicile et Sardaigne).

Cette fragmentation et l'isolement qui en découle sont l'une des principales menaces qui pèse sur l'espèce. Et même si les populations corses et pyrénéennes semblent avoir développées des spécificités génétiques dues à cet isolement, des experts réunis en 2009 ont mis en évidence l'importance de favoriser les échanges entre populations, ce qui pourrait entraîner une modification de ces spécificités. En France, deux programmes de réintroduction ont été mis en place dans le Vercors et dans les Grands Causses en 2010 et 2012 afin de relier les populations pyrénéennes et alpines.

En 2018, le Gypaète barbu était le rapace le plus rare d'Europe.

SOURCES

Le Gypaète barbu (Jean-François Terrasse / Delachaux et Niestlé)
Guide des rapaces de France (Jean Sériot / Editions Sud Ouest)
Le Gypaète barbu (site de la LPO)
Gypaète barbu (site du Parc National des Pyrénées)
Gypaète barbu (site de l'Association Asters)
Gypaète barbu (site de l'INPN)
La mystérieuse histoire du nom des oiseaux (Henriette Walter, Pierre Avenas / Robert Laffont)

VIDÉOS

- Vidéo de Mathieu Le Lay sur Jérémie Villet, évoquant la relation entre les photographes animaliers et le Gypaète barbu. Superbes images du rapace et notamment une confrontation en vol entre un Gypaète barbu et un Vautour fauve.



- Grâce à une caméra posée au plus près du nid, voici un suivi vidéo d'un couple de Gypaètes barbus durant 6 mois, en Andorre, de Décembre 2015 à Juin 2016, avec l'arrivée de leur progéniture, leur croissance et jusqu'à leur envol.


FAUNE DES PYRÉNÉES

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