Les chemins de la Mâture en vallée d'Aspe

LES CHEMINS DE LA MÂTURE EN VALLÉE D'ASPE

Tableau de Pierre-Julien Gilbert

- L'histoire presque vraie
- La vraie histoire
- Sources
- Topos

L'HISTOIRE PRESQUE VRAIE

Après la guerre de Sept Ans, qui dura 7 ans, au lendemain du traité de Paris, qui se déroula à Paris, le roi Louis XV, qui jouait arrière au rugby, prit un bain dans sa baignoire et jouait avec ses petits canards en plastique. C'est là qu'il pensa à reconstruire ses petits bateaux qui avaient eu l'idée saugrenue de se faire couler par les anglais.

C'est ainsi que les ingénieurs du roi débarquèrent en vallée d'Aspe et entreprirent de couper du bois. Or les ingénieurs avaient des gros cerveaux, mais des petits bras, et les forêts étaient peu accessibles. Il y avait en ce temps là, en vallée d'Aspe, une dame un peu mûre. Elle avait un petit cerveau, mais des gros bras. La Jeanne, car c'est ainsi qu'elle s'appelait, elle avait en effet l'habitude étrange de s'appeler toute seule, c'est dire si elle avait un petit cerveau, donc, la Jeanne, se mit à construire des chemins afin de faciliter l'accès aux bois, dont un fameux passage qu'elle découpa avec les dents le long d'une falaise vertigineuse. Ces chemins furent nommés, en son honneur, les chemins de la Mâture.

Extrait des Annales du Bouquetin Crétin

LA VRAIE HISTOIRE

Au lendemain du traité de Paris de 1763, qui mit fin à la désastreuse guerre de Sept Ans, la monarchie française de Louis XV entreprit la reconstruction d'une flotte de qualité, capable de rivaliser avec la marine britannique. Elle adopta alors un ambitieux programme de développement et s'efforça de moderniser la marine française en adoptant plusieurs réformes avec la rationalisation du travail dans les arsenaux, la standardisation de la flotte, et la création de l'École du génie maritime qui transforma les maîtres-constructeurs en ingénieurs navals.

A la fin de l'année 1765, jugeant que l'exploitation des forêts pyrénéennes était utile pour le compte du roi, des officiers d'administration de la Marine furent nommés pour la diriger. Depuis longtemps, les habitants des vallées de la Province du Béarn avaient des droits accordés par les rois de Navarre et conservés lorsque cette province fut rattaché à la couronne de France, notamment le privilège d'avoir la propriété des montagnes et des forêts qui les couvrent. Ainsi, dans l'exploitation que le roi en fit, ce dernier leur payait une certaine rétribution.

C'est dans ce contexte que les arbres de la vallée d'Aspe furent utilisés à cette époque-là. Ce fut d'abord la forêt d'Issaux qui fut exploitée et un premier chemin de la mâture fut créé afin de transporter les troncs. La réalisation de ce chemin ne fut pas de tout repos car il côtoyait presque toujours le bord d'un précipice, sur une longueur d'environ 7,5 kilomètres et un dénivelé de 500 mètres, pour atteindre le Col de Bouésou, avant de redescendre un peu pour arriver au pied du bois. Il fallut parfois tailler dans le marbre, combler de profonds creux, construire des ponts en bois, ouvrir de petits ressauts, dans le but de garder au maximum une pente régulière et douce et des virages les moins sinueux afin de descendre les longs troncs des sapins dont certains mesuraient jusqu'à 15 mètres de long. Lorsque l'exploitation de tout le bois qui était à portée de ce chemin fut faite, de nouveaux chemins furent créés à partir de celui-ci pour aller encore plus loin.

L'ingénieur des ports et arsenaux de la Marine, M. Leroy, après avoir terminé l'exploitation, à la fin de 1773, des forêts d'Issaux pour la grande mâture, et du Bénou pour la petite mâture, décida d'entreprendre l'exploitation de la forêt du Pacq. Mais, cette fois, la construction du chemin pour atteindre le bois relevait tous les défis. Au milieu d'une falaise verticale qui borde un ravin vertigineux connu sous le nom des gorges d'Enfer, au fond desquelles coule le Sescoué, il fallait creuser, à coups d'explosifs, un passage de 1,2 kilomètres de long, suffisamment large et haut pour pouvoir évacuer les troncs.

Pour ce faire, les ouvriers étaient guidés depuis le versant opposé et les deux extrémités de la saignée furent ouvertes à la fois avant d'être raccordées au milieu. Il fallut également gérer un angle que faisait la falaise dans la partie haute de l'ouvrage. A certains endroits, des hommes étaient suspendus par des cordes pour aller percer des trous et y poser des fleurets de mine qui servirent d'échafaudages. D'autres descendaient par des échelles suspendues ou travaillaient sur des échafaudages très élevés soutenus par des échelles dont les pieds posaient sur le bord des précipices, au-dessus de 200 mètres de vide. Souvent, il fallait se renverser en dehors pour passer d'un côté des ces échelles à l'autre. Dans quelques endroits, les bords du chemin étaient soutenus avec des arbres boulonnés dans la pierre, dans d'autres, quand il se trouvait du vide dans le rocher, le chemin était construit en bois dans toute sa largeur. Afin de se fournir en outils, notamment les fleurets, une forge fut construite à chaque extrémité de l'ouvrage. Et lorsque les travaux furent bien avancés, les ouvriers se firent des baraquements pour ne pas avoir à remonter tous les soirs. Il restait encore à faire communiquer ce chemin avec la forêt du Pacq mais le travail fut bien plus facile comparé au percement de la falaise et il était comparable à celui du chemin de la forêt d'Issaux.

Une fois les chemins réalisés, l'exploitation pouvait débuter. Les troncs étaient coupés et les hommes, à la force des bras, des palans et de câbles, les descendaient dans des glissoires jusqu'aux chemins où ils étaient pris en charge par des chariots à bœufs conçus spécialement pour ce transport. Les troncs étaient alors descendus par ces chemins de la mâture jusqu'à Athas, promu au rang de port fluvial, où ils étaient entreposés avant d'être acheminés par voie d'eau, en les faisant flotter, jusqu'à Bayonne.

L'investissement qui fut fait dans la construction des chemins et dans l'équipement ayant été considérable, il fallut faire des coupes massives dans les bois pour amortir les coûts. La fièvre de l'exploitation des forêts de la vallée d'Aspe s'apaisa vite. Vers 1775 ou 1778, il n'y avait plus rien d'exploitable. Les chantiers furent fermés, la main-d’œuvre s'en alla et l'équipement des chemins et du gave fut repris par les forces de la nature.

SOURCES

Guide des Pyrénées mystérieuses (Bernard Duhourcau / Éditions Sand, Éditions Tchou)
1000 lieux légendaires et mystérieux des Pyrénées, vol.2 (Francis Baro / Rando Éditions)
Pays pyrénéens de cols en vallées (Gérard Caubet / Rando Éditions)
Mémoire sur les travaux... (M. Leroy / BnF)
L'Hermione - En 1778 (Réseau Canopé, Académie de Poitiers)
Les forêts d'Aspe et d'Ossau (Monique Guitard / Persée)
Les forêts de la Vallée d'Aspe (Henri Gaussen / Persée)

TOPOS

Les topos du Bouquetin Boiteux passant sur des chemins de la mâture.
Chemin de la Mâture, Col d'Arras
Lorsque l'on parle de chemin de la mâture, cela évoque immédiatement le passage spectaculaire creusé à flanc de falaise, dénommé tout simplement le Chemin de la Mâture, et qui est partie intégrante du GR 10 reliant la vallée d'Aspe et la vallée d'Ossau. Ce parcours classique, en boucle, permet d'emprunter ce fameux Chemin de la Mâture qui monte tout en douceur vers la forêt du Pacq.

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