La frontière franco-espagnole

LA FRONTIÈRE FRANCO-ESPAGNOLE

Source gallica.bnf.fr / BnF


L'HISTOIRE PRESQUE VRAIE

La frontière franco-espagnole se situe entre la France et l'Espagne, bien que certains puissent avancer l'idée qu'elle se trouve plutôt entre l'Espagne et la France. Mais les experts qui se penchent sur le sujet, c'est leur dos qui gueule, attendent toujours des preuves pour se prononcer. Prudence est mère de Sureté. Et Clémence est la mère de Maïté, mais tout le monde s'en fout.

La frontière franco-espagnole fut une première fois délimitée en 1659 lors du Traité des Pyrénées, qui traite des Pyrénées et qui en tire un bon lait. Elle fut délimitée une seconde fois par la signature de plusieurs traités, qui s'étalèrent de 1856 à 1868 car plus c'est long, plus c'est bon, et par lesquels des gens firent des graffitis sur les cailloux dans les montagnes. Il ne fait nul doute que c'était des Vandales. Et non des Huns, car ils étaient plusieurs.

Extrait des Annales du Bouquetin Crétin


LA VRAIE HISTOIRE

Avant 1200
- Pyrénées Occidentales
Avant la fin du XIIe siècle, dans le royaume de Navarre, le Valcarlos est rattaché à la région de Sanguesa, notamment via les possessions de la Collégiale de Roncevaux.

1100-1200
- Pyrénées Centrales
Au XIIe siècle, le Val d'Aran, dépendance de la Civitas Convenarum, est englobé dans le Comté de Comminges, et est en relations par le Port de Viella avec l'Aragon, et plus spécialement le Comté de Ribagorza. C'est pourquoi les Rois d'Aragon prétendent à la possession de ces terres. En 1192, le roi d'Aragon Alfonso II, tuteur de Pétronille de Bigorre qui se marie avec Gaston VI de Béarn, remet à sa pupille les domaines qui lui revenaient de ses parents, et spécifie expressément qu'il retient pour sa part la Vallée d'Aran. Les Comtes de Comminges protestent alors contre cette usurpation, mais en vain.

1300-1400
- Pyrénées Centrales
Au début du XIVe siècle, Philippe le Bel s'en remet à l'arbitrage du Pape par rapport à la propriété du Val d'Aran, un conflit qui dure depuis plus d'un siècle et qui oppose les Comtes de Comminges et leurs suzerains les Rois de France avec les Rois d'Aragon. L'arbitrage papal, de 1302 à 1314, est alors favorable à l'Aragon.

- Pyrénées Occidentales
Au XIVe siècle, le Pays Quint, qui appartient à la Vallée d'Erro, est exploité par la Vallée de Baïgorri.

En 1373, un différent entre bergers de la Vallée de Roncal et de la Vallée de Barétous dégénère et entraîne une escalade de représailles sanglantes. Les faits parvinrent aux souverains de ces régions, Carlos II, roi de Navarre, et Gaston III de Foix, dit Gaston Fébus, vicomte de Béarn, qui organisent une réunion à Anso afin de trouver une solution. Mais c'est un échec. Les affrontements s'intensifient jusqu'à la bataille d'Aguincea où les habitants de la Vallée de Barétous sont battus et déposent les armes. Finalement, en 1375, une sentence arbitrale est signée entre la Vallée de Barétous et la Vallée de Roncal.

1400-1500
- Pyrénées Occidentales
Le 20 octobre 1400, les commissaires du roi de Navarre, Charles III le Noble, dictent une sentence arbitrale qui permet de départager les habitants du Valderro et de Baïgorri qui se querellent pour les Aldudes. Cette sentence définit la limite nord du territoire disputé, par une ligne menée du Col d'Izpegui jusqu'au confluent de la Necartzeko Erreka avec la Nive.

En 1404 ou 1405, la sentence de 1400 sur le territoire des Aldudes est confirmée par Eléonore de Castille, épouse de Charles III le Noble et reine de Navarre.

En 1406, le roi de Navarre, Charles III le Noble signe un acte qui confirme le rattachement du Valcarlos à la région de Sanguesa et définit les limites du Valcarlos avec la région actuelle de Basse-Navarre.

Avant 1500
- Pyrénées Occidentales
Le royaume de Navarre, du temps de ses dynasties indépendantes, est à cheval sur les Pyrénées, dans sa partie occidentale, et il possède ainsi en cet endroit les deux versants des montagnes avec, dans sa partie nord, la région correspondant à la Basse-Navarre actuelle. A cette époque, le Pays Quint appartient ou est exploité par la Vallée d'Erro et par la Vallée de Baïgorri.

1500-1600
- Pyrénées Occidentales
En 1505, par une facerie, le vicomte d'Echauz, qui détient la Vallée de Baïgorri, concède ses droits d'exploitation sur le Pays Quint à la faveur de la Vallée de Baztan. Mais au début de ce siècle, des tensions naissent concernant la propriété et l'usage des pâturages du Pays Quint et dégénèrent en affrontements armés.

En 1507, une charte est signée dans le royaume de Navarre afin de trancher un conflit au sujet des droits usagers dans la Forêt d'Irati entre la Vallée de Salazar et la Vallée de Cize.

En 1512, Ferdinand le Catholique, depuis toujours désireux de posséder la riche Navarre et cherchant aussi à compléter la sécurité de la Péninsule, tente un coup de force, comprenant qu'il peut profiter des dissensions des clans navarrais. Le duc d'Albe, sous l'autorité de Ferdinand le Catholique, entre en Navarre à la tête d'une armée, et la dynastie d'Albret doit se réfugier en France et se retrouve à Lescar où sera désormais le panthéon des rois de Navarre, la dynastie d'Albret retenant le titre royal de Navarre et la plus large part des territoires de la Basse-Navarre actuelle. La séparation politique des deux versants de la Navarre devient effective en 1519.

En 1556, une facerie est signée entre les montagnards du Pays de Cize et ceux de la Vallée d'Aezcoa, en rapport avec la distribution de leurs pacages. Cette facerie conditionne également un abornement entre ces deux régions.

Le 30 avril 1566, peut-être à la demande de Philippe II qui désire ainsi éviter toute infiltration protestante dans ses états, une Bulle du Pape Pie V rattache le Valcarlos, qui était jusque là rattaché au diocèse de Bayonne, au diocèse de Pampelune et fait ainsi coïncider les limites politiques et religieuses de la région.

Avant 1600
- Pyrénées Orientales
Avant le XVIIe siècle le bassin cerdan, que le rio Segre draine vers l'Ebre, relève en entier du Royaume d'Aragon, puis d'Espagne, et avec lui en relèvent aussi ses prolongements du Capcir, de la Vallée de Carol et du Col de Puymorens. La frontière franco-aragonaise est ainsi pratiquement calquée, sauf au Capcir, sur le principe de la ligne de partage des eaux.

1600-1700
- Pyrénées Occidentales
Le 22 septembre 1614 sont signées les Capitulations Royales qui règlent le régime des territoires entre le Pays de Cize et la Vallée de Baztan et, sur le plan de l'exploitation, qui règlent les différents entre la Basse-Navarre, qui est française, et la Navarre, qui est espagnole. Ceci confirme l'appartenance du Valcarlos et du Pays Quint à l'Espagne, tout en accordant une jouissance de la zone nord du Pays Quint à la Vallée de Baïgorri, et aboutit à des démarcations réalisées en 1615 et 1616. Cependant, entre différents villages, des conflits perdurent, et se multiplieront au siècle suivant, au sujet de l'utilisation du Pays Quint.

- Pyrénées
Le 23 mai 1618, la défenestration des gouverneurs de Prague entraîne une guerre en Bohême et au Palatinat où l'Espagne se retrouve aux côtés du Saint Empire Romain Germanique. Ce conflit finit par dégénérer petit à petit et va s'étendre à une Europe déjà sous tensions. C'est la Guerre de Trente Ans.

Dans un premier temps, la France n'entre pas ouvertement en guerre mais soutient ses alliés. Puis, suite à la prise de la ville de Trèves le 26 mars 1635, le massacre des français qui s'y trouvent et l'enlèvement de l'Electeur de Trèves, Richelieu fait approuver par le Conseil, le 1er avril 1635, la déclaration de guerre à l'Espagne.

En 1648, le Traité de Westphalie met officiellement fin à la Guerre de Trente Ans. Cependant, l'ensemble de l'Europe n'en est pas pour autant pacifié. Ainsi, la France et l'Espagne restent en guerre l'une contre l'autre.

Le 4 juin 1659 est signé le Traité de Paris qui décrit des accords préliminaires entre la France et l'Espagne afin de mettre un terme à la guerre entre ces deux pays. Ce traité stipule notamment que les deux ministres de ces pays, le Cardinal Mazarin et don Luis de Haro, doivent se rencontrer à la frontière afin de discuter des conditions d'application de ce traité.

Suite au Traité de Paris, le Cardinal Mazarin et don Luis de Haro se retrouvent sur l'ïle des Faisans, au milieu de la Bidassoa et, après plusieurs conférences de août à novembre 1659, ils signent, le 7 novembre 1659, le Traité des Pyrénées. Ce traité pose, par son article 42, le principe général que la frontière entre la France est l'Espagne sera tracée dans les Pyrénées en suivant les limites antiques qui divisaient autrefois les Gaules des Espagnes. Si celui-ci traite bien de la possession des villes et villages par la France et par l'Espagne, il ne contient pas de règlement quant à sa délimitation précise et les limites antiques qui sont citées ne sont pas clairement et exactement connues.

- Pyrénées Orientales
Le Traité des Pyrénées stipule que la zone comprise entre le cours supérieur Est-Ouest du rio Llobregat et la ligne de partage des eaux située entre Roussillon et Ampurdàn restera la propriété commune de la France et de l'Espagne. Cette zone couvre une superficie d'environ 800 hectares et est en grande partie non peuplée. D'autre part, ce même traité laisse notamment en suspens le tracé de la frontière en Catalogne.

En 1660, la question du tracé de la frontière en Catalogne n'est pas réglée. Pour débattre de la question, des commissaires se réunissent du 22 mars au 13 avril 1660, à Céret, dans le couvent des Capucins. Mais cela ne débouche sur aucun accord et il faut donc avoir recours à l'arbitrage des deux principaux ministres que sont le Cardinal Mazarin, pour la France, et don Luis de Haro, pour l'Espagne. Ils se retrouvent le 10 mai 1660 sur la Bidassoa, puis le 28 et le 30 mai, avant de finalement trouver un accord le 1er juin. Celui-ci stipule que Banyuls, Collioure, Port-Vendre et Cerbère sont propriétés de la France. De même, il signale que le Conflent et 33 villages de Cerdagne sont également propriétés de la France, tandis que Puigcerda et la partie du plateau cerdan au sud de cette ville ainsi que la ville de Llivia sont propriétés de l'Espagne. Le choix des 33 villages et la détermination sur le terrain de la frontière est laissée à l'appréciation d'une délégation de commissaires. Pour la France, le chef de mission est l'évêque d'Orange, Hyacinthe Serroni, conseiller d'Etat et qui est assisté comme expert du Béarnais Pierre de Marca, archevêque de Toulouse. Pour l'Espagne, le chef de la délégation est le chevalier Miguel Salva et de Vallgornera, du Conseil Souverain du Royaume d'Aragon et qui a comme expert Joseph Romeu Ferrer. Ils se réunissent à Llivia en juillet 1660 et la détermination sur le terrain se fait au cours de l'été. Enfin, le 12 novembre 1660, ils signent le Traité de Llivia qui entérine leurs décisions.

- Pyrénées Centrales
Dans le Traité des Pyrénées, le Cardinal Mazarin ne parle pas du Val d'Aran. Ainsi, suite à la signature, don Luis de Haro déclare que cet oubli signifie que la France reconnaît que le Val d'Aran est espagnol.

1700-1800
- Pyrénées Occidentales
Au XVIIIe siècle, de nombreux conflits, parfois violents et déjà présents au siècle précédent, opposent différents villages quant à la possession ou à l'utilisation du Pays Quint.

En septembre 1702, à l'occasion de conférences hispano-française à Arnéguy, les habitants de Baïgorri déclarent qu'ils abandonnent à la Collégiale de Roncevaux la montagne d'Astobiscar et le territoire jusqu'au chemin de la Chapelle d'Ibaignette.

En août 1717, lors de nouvelles conférences à Arnéguy, les habitants de Baïgorri reviennent sur leurs propos de 1702 et tentent d'obtenir la propriété de zones appartenant à la Collégiale de Roncevaux et dont ils n'avaient accès jusque là que par facerie et simple accord. Mais ces revendications sont rejetées.

- Pyrénées Orientales
Le 12 novembre 1764, suite à la Guerre de Sept Ans et afin de remercier l'Espagne de l'aide qu'elle lui a apporté, Louis XV signe un traité qui offre l'entière propriété à l'Espagne de la zone comprise entre le cours supérieur Est-Ouest du rio Llobregat et la ligne de partage des eaux entre Roussillon et Ampurdàn. Cette zone, qui couvre une superficie d'environ 800 hectares et qui est en grande partie non peuplée, était restée une propriété commune de la France et de l'Espagne depuis le Traité des Pyrénées. Ce même traité de 1764 définit la zone militaire du fort français de Bellegarde et la nouvelle frontière est alors matérialisée par des pyramides monumentales.

- Pyrénées Occidentales
Depuis le siècle précédent, la France s'intéresse aux forêts pyrénéennes afin de satisfaire aux besoins de la fabrication de mâts pour ses navires. A la fin du XVIIIe siècle, après avoir utilisé tout ce qu'ils pouvaient dans la Vallée d'Aspe, les bucherons français se tournent vers la Vallée d'Ossau et la Forêt d'Irati, cette dernière étant déjà utilisée par les bucherons espagnols pour leur propre marine et leurs forges. Des conflits de propriété, déjà présents depuis longtemps dans la région, se multiplient en cette fin de siècle.
-> voir les infos sur les chemins de la Mâture en Vallée d'Aspe.

La Commission Caro-d'Ornano, du nom de ses protagonistes, le marquis de Caro et le comte d'Ornano, est mise en place en 1784 afin de régler notamment les litiges du Pays Quint. Elle aboutit au Traité d'Elizondo, daté du 27 août 1785 et se base sur une frontière linéaire séparant dans l'absolu les souverainetés des deux pays. Dans ce traité, le village d'Ondarolle est cédé à l'Espagne. Un abornement de la frontière entre le Col d'Arnostéguy et le Col d'Ispéguy est réalisé, avec 197 repères constitués de bornes ou croix, entre le 29 août et le 22 septembre 1785. Lors de cet abornement, certains repères d'un abornement précédent réalisé suite aux Capitulations Royales de 1614 sont utilisés. Le Traité d'Elizondo reprend également les limites définies entre le Valcarlos et la Basse-Navarre, lors de l'Acte signé en 1406 par Charles III le Noble, roi de Navarre, tout en déplaçant plus au sud la frontière nord du Valcarlos. Finalement, ce traité entraîne par la suite de nombreuses protestations.

En décembre 1786, dans ses Remontrances, le Parlement de Navarre à Pau s'en prend notamment au Traité d'Elizondo au sujet du village d'Ondarolle que ce traité avait déclaré espagnol. Il rappelle également la charte de 1507 quant aux droits de propriété de la Forêt d'Irati et précise que la limite entre la France et l'Espagne se situe le long du cours de la rivière Irati, avec pour conséquence d'inclure en territoire français le Monte la Cuestion.

En 1789, dans les Cahiers de Doléances, le Pays de Cize manifeste son opposition à la cession du village d'Ondarolle à l'Espagne.

En 1792, la Constitution Civile du Clergé rattache notamment Ondarolle et Arnéguy à la paroisse de Saint-Jean-Pied-de-Port. Cependant, les habitants de Ondarolle continuent d'effectuer leurs affaires religieuses du côté espagnol, notamment à Valcarlos.

1800-1900
- Pyrénées Occidentales
Dans la première moitié du XIXe siècle, des conflits, parfois violents et sanglants, perdurent quant à la possession et l'utilisation du Pays Quint.

En 1801, le Concordat installe le diocèse de Bayonne dans les limites du département des Basses-Pyrénées, ce qui inclut le village de Ondarolle. Cependant, dans les faits, ce village, français au niveau juridique, reste lié à Valcarlos au niveau spirituel et les habitants continuent d'y faire leurs affaires spirituelles.

En 1826, l'abbé Fagalde est nommé à Arnéguy. Il désire alors exercer ses fonctions à Ondarolle mais le curé de Valcarlos s'y oppose. La controverse passe au niveau épiscopal et les évêques de Bayonne et Pampelune échangent des lettres qui, finalement, n'aboutissent à rien de concret sur le terrain.

En 1842, l'opposition pour la propriété de Ondarolle prend des tournures plus graves et aboutit à des excommunications et des violences.

- Pyrénées
Au milieu du XIXe siècle, l'Espagne et la France, unis notamment par l'amitié de leurs souverains, Isabelle II et Napoléon III, souhaitent maintenir et même développer les relations entres les deux versants des Pyrénées. Les deux gouvernements souhaitent donc résoudre les vieux conflits locaux qui s'éternisent et qui risquent de mettre en péril ces relations. Ils entament alors une négociation dont le but est non seulement de déterminer la limite des deux pays, mais aussi de régler les droits et coutumes consacrés par le temps entre les populations respectives.

Ainsi, une commission mixte, nommée en 1853, réussit à régler la question du Pays Quint. Puis, le 2 décembre 1856 est signé un premier traité délimitant la frontière entre la France et l'Espagne, allant de l'Atlantique à la Table des Trois Rois. Le 14 avril 1862 est signé un second traité délimitant la frontière allant de la Table des Trois Rois au Port de Bouet. Le 26 mai 1866 est signé un troisième traité qui ne sera finalisé que le 11 juillet 1868 et qui délimite la frontière allant de la Portella Blanca d'Andorra à la Méditerranée. Chacun de ces trois traités a été assorti d'une Convention additionnelle d'abornement et de règlements divers qui indiquent notamment la position exacte des bornes frontière.

Durant ces quinze années de travail, les diplomates français seront, pour chacun de ces actes diplomatiques, distincts, tandis que le ministre espagnol, Francisco Maria Marin, ne changera pas. De même, les officiers qui opèreront sur le terrain seront immuables et seront en fait vraiment ceux qui, après études et inspections attentives, trouveront et présenteront pour chaque question des solutions concrètes. Ce sera, du côté espagnol, le maréchal de camp Manuel de Monteverde et Bethencourt et, du côté français, le général de brigade Camille-Antoine Callier.

Les Traités des Limites ont assez peu innové, sauf en des points de détail. Dans l'ensemble, leurs dispositions, qui annulent toutes autres prescriptions antérieures, s'inspirent de l'état des choses existant à l'époque, dont une grande partie provient du Traité des Pyrénées. Dans la majorité du tracé, la frontière suit la ligne de partage des eaux entre le versant nord et le sud. Cependant, de nombreuses exceptions, qui ont une explication historique, viennent briser cette règle.

Ainsi les Traités des Limites reprennent les dispositions prises par le Traité des Pyrénées et par le Traité de Llivia concernant la Cerdagne et le Val d'Aran. Ils confirment également le Traité de 1764 pour la zone comprise entre le cours supérieur Est-Ouest du rio Llobregat et la ligne de partage des eaux entre Roussillon et Ampurdàn.

Les Traités des Limites annulent toutes les faceries en cours, à l'exception de celle de 1556 entre le Pays de Cize et la Vallée d'Aezcoa, qui fut respectée et sans conflits depuis cette date, et celle de 1375 entre la Vallée de Roncal et la Vallée de Barétous. Ils reprennent et confirment le Traité d'Elizondo de 1785 concernant le Valcarlos, qui lui-même, reprenait en grande partie l'Acte signé en 1406 par Charles III le Noble, roi de Navarre, et qui définissait les limites entre le Valcarlos et la Basse-Navarre.

Les Traités des Limites redonnent, en Forêt d'Irati, la possession du Monte la Cuestion à l'Espagne, contrairement aux Remontrances de 1786 du Parlement de Navarre de Pau qui la définissait en possession française, en s'appuyant sur la charte de 1507 signée dans le Royaume de Navarre. Ils abandonnent aussi toute prétention sur le Pays Quint, tout en accordant une jouissance exclusive et perpétuelle d'une partie du Pays Quint à la Vallée de Baïgorri moyennant le versement d'une somme de 8.000 francs par an. En contrepartie, ces mêmes traités redonnent le village de Ondarolle à la France, contrairement à la décision du Traité d'Elizondo de 1785.

- Pyrénées Occidentales
A la fin du XIXe siècle, la Vallée d'Erro et la Vallée de Baztan introduisent une instance judiciaire pour que leur soit reconnu l'usage exclusif des monts situés au nord du Pays Quint, en dépit des accords passés par les Traités des Limites. Pour ce faire, elles invoquent la sentence de 1400, dictée par les commissaires de Charles III le Noble, roi de Navarre. Mais elles sont déboutées par le jugement du Tribunal Supremo.

En 1899, l'évêque de Bayonne écrit une Lettre pastorale où il dénonce sa perte de juridiction dans le village de Ondarolle. Cette lettre sera sans suite.

1900-2000
- Pyrénées Occidentales
Suite à l'Armistice de 1940, les Allemands tracent une ligne de démarcation entre zone libre et zone occupée. Celle-ci part de la frontière espagnole, au sud de Arnéguy, et sépare ainsi le village de Ondarolle du village de Arnéguy dont il était dépendant administrativement. Ondarolle se retrouve, jusqu'en 1944, en communication directe et libre avec l'Espagne.

En 1969, la France et l'Espagne s'accordent sur une révision de la somme annuelle à verser pour l'usage d'une partie du Pays Quint par la Vallée de Baïgorri, définit dans le Traité des Limites de 1856. Cette somme est réévaluée à 60.000 francs, tandis qu'il est convenu que l'Espagne doit prendre de son côté les mesures nécessaires afin de rendre aux pâturages dont il s'agit leur superficie d'origine, réduite au cours du siècle écoulé d'environ un cinquième du fait de l'extension des surfaces boisées.

2000-2022
- Pyrénées Occidentales
En 2009, le nord du Pays Quint, dont jouit toujours la Vallée de Baïgorri contre une somme annuelle, comme définit dans le Traité des Limites de 1856, est habité par une trentaine de français qui payent la taxe d'habitation en France et les impôts fonciers en Espagne. Le courrier, le téléphone, et l'électricité sont du ressort de la France. La police et la douane sont espagnoles et l'entretien des routes dépend du syndic de la vallée de Baïgorry.


SOURCES

Le Traité des Pyrénées (Louis Albesa / MonHélios)
La frontière hispano-française... (Jean Sermet / Revue Pyrénées 103 / BNF)
La frontière hispano-française... (Jean Sermet / Revue Pyrénées 104 / BNF)
La frontière hispano-française... (Jean Sermet / Revue Pyrénées 105 / BNF)
La frontière hispano-française... (Jean Sermet / Revue Pyrénées 106 / BNF)
La frontière hispano-française... (Jean Sermet / Revue Pyrénées 107 / BNF)
La frontière hispano-française... (Jean Sermet / Revue Pyrénées 116 / BNF)
La frontière hispano-française... (Jean Sermet / Revue Pyrénées 117 / BNF)
La frontière hispano-française... (Jean Sermet / Revue Pyrénées 119 / BNF)
La frontière hispano-française... (Jean Sermet / Revue Pyrénées 123 / BNF)
Le Pays des Aldudes (Georges Viers / Revue Géographique 1951 / Persée)
Robert aux bornes des Pyrénées (Site internet)


LES BORNES FRONTIÈRE

Les bornes frontière visibles sur le Bouquetin Boiteux.


Commentaires

  1. Excellent travail, très complet. J'aime beaucoup la carte avec la localisation des bornes ainsi que leur photo.

    Bravo à toi pour cette réalisation.

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    1. Merci Elkami. Il y a encore beaucoup de boulot... et de randos... pour compléter la carte des bornes... :D

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