Desman des Pyrénées

Desman des Pyrénées

Galemys pyrenaicus

Photo Lucas Santucci © - Site internet

LES INFOS PAS TRÈS VRAIES (MAIS PAS TROP FAUSSES)

Contrairement au Desman de Russie, qui vit en Russie, le Desman des Pyrénées vit dans les Pyrénées. On ne saurait faire plus simple. On peut ainsi voir ce petit mammifère patauger dans les rivières de montagne, la trompe à l'air et la queue dans l'eau. Ou l'inverse.

Le Desman des Pyrénées possède un jardin de 500m de long, avec piscine, et plusieurs maisons secondaires. Il vit dans l'opulence et se la pète, chemise ouverte sur la moquette, avec ses bagues et sa chaîne en or qui brille. Fan des soirées disco, il invite régulièrement des potes à venir jouer de la trompette dans l'un de ses différents palaces et passe son temps sous amphétamines. Avec son activité nocturne débridée et embrumée, le Desman des Pyrénées n'est pas très frais la journée. Il arbore alors de petits yeux et ne s'éloigne de chez lui que pour acheter de l'alka-seltzer. C'est pourquoi il est très rare d'en croiser un le jour. Éventuellement dans une pharmacie.

Le Desman des Pyrénées a donc plusieurs maisons. Mais il est à noter qu'il ne les construit jamais lui-même. Car le Desman n'est pas maçon. Faut dire qu'avec ses petits bras tous maigres, il a du mal à monter le moellon.

Extrait du manuel du Bouquetin Bucolique

LES INFOS PAS FAUSSES (ET PLUTÔT VRAIES)

- Habitat
Le Desman des Pyrénées est présent dans les Pyrénées et le nord-ouest de la péninsule ibérique. Dans les Pyrénées, il peut être rencontré à très basse altitude au Pays Basque mais il se trouve surtout dans le piémont et en haute montagne, au-delà des 450m d'altitude et jusqu'à 2700m.

Il peut se trouver dans les lacs de montagne mais il vit principalement dans les petits et moyens cours d'eau de bonne qualité, à débit globalement élevé, et au fond recouvert de cailloux et de graviers, avec des berges rocheuses plutôt que terreuses ou sableuses, avec quelques exceptions, notamment dans les lacs. Le Desman des Pyrénées privilégie les zones avec des petits ruisseaux latéraux afin de se réfugier en cas de perturbation trop importante du cours d'eau principal. Plusieurs signalements de l'espèce ont été relevés dans des rivières souterraines.

Le Desman des Pyrénées possède un domaine vital, c'est à dire la zone régulièrement fréquentée par un individu lors de ses activités de recherche de nourriture, reproduction et d'élevage des jeunes, d'environ 500m de long. Des domaines vitaux de plusieurs individus sont susceptibles de se chevaucher et, généralement, un Desman des Pyrénées est fidèle à son domaine vital. L'hypothèse d'une migration altitudinale saisonnière existe, mais n'est pas prouvée à l'heure actuelle.

Le Desman des Pyrénées dispose de plusieurs gîtes répartis le long de son domaine vital. Ces gîtes, qui peuvent être fréquentés par d'autres individus et que l'animal ne creuse pas lui-même, sont des cavités naturelles des berges ou des terriers déjà existants.

Les chances d'apercevoir un Desman des Pyrénées, qui très discret, sont quasi-nulles et son observation est très rare.

Photo David Perez ©

- Morphologie
Le Desman des Pyrénées adulte mesure de 23 à 27cm dont un peu plus de la moitié pour la queue, et son poids est de 50 à 60g.

Le Desman des Pyrénées évolue avec beaucoup d'aisance dans les milieux aquatiques, grâce à son corps extrêmement bien profilé, des pattes postérieures puissantes munies de pieds démesurés et palmés qui lui servent de propulseur, et une longue queue, de 12 à 15cm, légèrement aplatie latéralement à l'extrémité et qui agit comme un gouvernail.

Les sens du Desman des Pyrénées sont relativement peu développés, à l'exception du toucher qu'il utilise majoritairement pour se déplacer, chasser et cartographier son domaine vital. Pour ce faire, il est muni d'une trompe préhensile, raison pour laquelle il est également nommé rat-trompette, et qui est composée de très nombreux organes tactiles. C'est un élément clé pour sa survie. Elle peut aussi servir de "tuba" lorsque l'animal est sous l'eau, car il semble que sa capacité d'apnée est limitée à une trentaine de secondes. Grâce à l'organe de Jacobson, situé à l'entrée des fosses nasales, dans la bouche, le Desman des Pyrénées analyse les odeurs diffuses dans l'eau.

Le Desman des Pyrénées possède des petits yeux et un corps trapu et rebondi, gris-brun foncé dessus et blanc argenté dessous. Il est protégé par une double couche de poils imperméable, garantissant une isolation parfaite contre l'eau et le froid. Les pattes avant du Desman des Pyrénées sont très réduites, au contraire des postérieures, très développées, et il possède des griffes très pointues qui s'accrochent aux rochers glissants.

- Régime alimentaire
Le Desman des Pyrénées se déplace sous l'eau en fouillant parmi les graviers, le sable et les débris végétaux, afin de capturer sa nourriture, exclusivement des invertébrés aquatiques. Utilisant seulement le sens du toucher pour détecter ses proies, il ne semble pas capable d'attraper celles  qui dérivent avec le courant.

Photo Eric Delgado ©

- Cycle de vie
Le Desman des Pyrénées est un mammifère semi-aquatique qui passe la majeure partie de son cycle biologique dans ou à proximité immédiate de l'eau. Excellent nageur, nettement moins agile sur terre où il est probablement plus vulnérable face à ses prédateurs, il ne s'éloigne de l'eau que de façon marginale.

En agitation permanente, le rythme biologique du Desman des Pyrénées est très rapide et très énergivore, ce qui l'oblige à se nourrir souvent. Contrairement à ce qui a été supposé autrefois, le Desman des Pyrénées n'est pas un animal nocturne et il possède des phases d'activité diurne. Il semble toutefois que, lors de la journée, il a une propension moins importante à s'éloigner de son gîte. C'est un mammifère qui reste en activité toute l'année et qui n'hiberne pas. Au contraire, il est très actif en hiver, lorsque l'eau est froide et le débit important.

On ignore encore beaucoup de choses sur le Desman des Pyrénées et il semble que l'accouplement se fait de janvier à mai et que, selon certains éléments indirects, la période de mise bas et d'élevage des jeunes, au nombre de 1 à 5 par portée, s'étend de février à juillet. Contrairement à d'anciennes estimations, rien n'indique actuellement qu'il y ait plusieurs portées par an pour une femelle.

L'espérance de vie du Desman des Pyrénées est de 2 à 4 ans. Le vison, la loutre et les animaux domestiques comme le chat constituent des prédateurs pour le Desman des Pyrénées aux abords des cours d'eau.

- Histoire et préservation
Avant les glaciations de l'ère quaternaire, le Desman des Pyrénées avait une aire de répartition assez vaste, comme en atteste la découverte de fossiles dans le Gers, dans le Puy-de-Dôme, en Dordogne ou dans le comté de Norfolk en Angleterre.

Mammifère très discret et difficilement observable, il n'a été découvert qu'en 1811 par le naturaliste Etienne Geoffroy de Saint-Hilaire, ce qui est très récent pour un mammifère européen facilement identifiable. Il est ensuite resté longtemps méconnu puis a récemment fait l'objet de plusieurs études et programmes de conservation en France.

Il appartient à la sous-famille des Desmanidés, qui n'a que deux représentants dans le monde, le Desman des Pyrénées, et le Desman de Russie, qui peuple les marais du bassin de la Volga et qui est plus grand, environ le double, et plus gros, environ 450g, que son cousin pyrénéen. Le Desman des Pyrénées a été scindé en deux sous-espèces sur la base de critères morphologiques. Il y a ainsi le galemys pyrenaicus pyrenaicus, qui occuperait les Pyrénées et les Monts Cantabriques, et le galemys pyrenaicus rufulus, qui occuperait le reste de la péninsule ibérique.

La présence du Desman des Pyrénées dépend beaucoup du débit des rivières, des torrents et de la pureté de l'eau. Ainsi, en raison de son adaptation très étroite à un milieu aquatique de qualité, le Desman des Pyrénées est une espèce fragile qui a souffert de la construction des barrages et de l’aménagement des bords de cours d'eau et rivières. Le changement climatique peut représenter un danger pour cette espèce, du fait de la modification des débits et de la répercussion sur ses ressources trophiques.

L'aire de répartition du Desman des Pyrénées subit une régression généralisée, une fragmentation importante et certains noyaux de population ont complètement disparu. Cette régression est évaluée à environ 60% de son aire de répartition mondiale en 20 ans (donnée 2019). Dans les Pyrénées, la régression a été plus importante dans la partie occidentale du massif, et il a été constaté une disparition de l'espèce sur la plupart des fonds de vallée et les zones les moins élevées. Afin de tenter d'enrayer cette régression et d'apporter des connaissances sur la biologie de l'espèce, le Plan national d'actions en faveur du Desman des Pyrénées a été mené de 2010 à 2015 et suivi d'un programme européen Life+ Desman, de 2014 à 2019.

En France, le Desman des Pyrénées et ses habitats sont protégés au titre de l’article L.411-1 du Code de l’environnement et par l’arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des mammifères terrestres protégés sur l’ensemble du territoire métropolitain et les modalités de leur protection (JORF n°108 du 10 mai 2007). Cet arrêté interdit la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement, la perturbation intentionnelle des Desmans des Pyrénées dans leur milieu naturel. Il interdit également de détruire, altérer ou dégrader ses sites de reproduction ou ses aires de repos, utilisés ou utilisables, et nécessaires au bon accomplissement de ses cycles biologiques.

Le Parc national des Pyrénées fait partie de la zone de présence régulière du Desman des Pyrénées mais, d'après les derniers suivis, son aire de répartition semble avoir régressé également dans la zone cœur du parc, pourtant protégée.

Photo Eric Delgado ©

SOURCES

Desman des Pyrénées - Fiches ressources (site Desman Pyrénées)
Desman des Pyrénées (site Life+ Desman)
Desman (site Bouquetin Pyrénées)
Desman des Pyrénées (site Parc National des Pyrénées)

VIDEO

- Très courte vidéo, filmée lors du radiopistage du Desman des Pyrénées en Ariège en 2015, qui permet de voir au plus près ce petit animal très vif.

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